EVALUATION DU CREDIT : La solvabilité du client à la loupe

  Source: Malick NDAW - SUDONLINE   |     04 Mai 2012 03:05

Ils s’occupent de réunir, de mettre à jour et de rendre disponible l’ensemble des informations relatives à l’état de votre situation financière. Ils fournissent, notamment un rapport de crédit à un prêteur sur un emprunteur.

Ce sont les Bureaux de Crédit (ou Credit Bureau) jugés essentiels pour l’expansion du crédit du fait que la disponibilité et l’utilisation des rapports de solvabilité dans les décisions de crédit augmenteraient ainsi la qualité des décisions de crédit, réduirait les coûts de fonctionnement, et apporteraient une importante atténuation des risques en minimisant les taux de cessation de paiement et de fraude. L’espace UEMOA en étant dépourvu, « la Bceao(Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ne disposant que d’une base de données qui fournit principalement des informations sur les entreprises et ne facilitant pas la vulgarisation de l’accès au crédit dans la région », selon Abdoulaye Daouda Diallo, Ministre sénégalais du Budget, il est question pour les autorités d’encourager son introduction.

Organisée par le Ministère des Finances du Sénégal et la Sfi(Société financière internationale), bras armé privé de la Banque mondiale, la conférence qui s’est tenue à Dakar, ce jeudi 03 mai 2012, la 1ère sur l’Evaluation du Crédit, va dans ce sens, en donnant des précisions sur les concepts fondamentaux mais aussi sur les avantages de cette technologie. « Le moment est venu », a dit Oumar Sylla, secrétaire général du ministère sénégalais de l’Economie et des Finances, à l’ouverture de la conférence, «de créer ce que l’on appelle des bureaux de crédit pour récolter des informations de solvabilité qui seront distribuées auprès des institutions financières dans le but de créer un rapport de confiance entre prêteurs et emprunteurs. »

Pour le conforter, le Représentant résident de la SFI dans la Zone Umoa, Jérôme Cretegny, confirme qu’« Il y a un déficit d’informations entre prêteurs et emprunteurs pour faire une évaluation correcte des risques (…), les banques demandent des garanties et les petits clients et autres entrepreneurs débutants n’ont pas de garanties. » La garantie est une condition préalable de décaissement pour la grande majorité des demandes de crédit, par conséquent, la pénétration des prêts resterait faible. En Afrique Subsaharienne, seuls 7,3% des adultes auraient accès au crédit, alors que ce chiffre est de 20% au Moyen-Orient et plus de 40% dans plusieurs pays européens. Aussi, les enjeux de la mise en place de « systèmes efficaces, complets » d’évaluation du crédit tant au niveau national qu’au niveau régional de l’UEMOA seraient tels que cela aiderait dans le soutien du secteur du crédit afin d’améliorer les méthodes traditionnelles d’appui financier, augmentant ainsi la pénétration et l’accès au crédit.

Pour faire l’apologie du Credit bureau, des présentations se sont succédé au cours de la conférence de Dakar sur les études de cas du Maroc, du Panama, de l’Egypte, de l’Equateur, entre autres. Au Maroc, par exemple, les institutions de microfinance ont été impactées par le surendettement, en l’absence d’une institution de centrale des risques propres à elles, avant que le crédit Bureau n’y soit opérationnel, en 2009. L’objectif serait ainsi le suivi du comportement des emprunteurs ; la prévention contre l’endettement croisé et le surendettement ; un accès au crédit plus large notamment pour les PME.

Des agences de renseignements ? Si le principal avantage attendu des bureaux de crédit dans l’Uemoa est relatif à un accès plus large au crédit notamment pour les PME, un des problèmes qui demeure à résoudre serait que plusieurs sociétés de financement refusent de partager leurs fichiers clients avec les concurrents. L’accès aux données par une société privée est considéré comme une violation au secret bancaire pour certaines banques. Par ailleurs, des interrogations persistent quant au coût des services ou le rapport de solvabilité, par exemple. De plus, il y aurait des risques d’inégalités quant à l’accès à l’information, les institutions de microfinance étant les plus touchées. D’autre part, il n’est pas exclu que les entités de crédits émettent des doutes sur la fiabilité des informations disponibles dans le rapport de solvabilité dont les données peuvent être jugées difficiles à interpréter. Les informations sont souvent mal renseignées dans les déclarations des entités de crédit.

Cependant, dans le principe, si ces agences d’évaluation du crédit s’autorisent le droit d’attribuer une fiche ou une cote de crédit à chaque consommateur, elles seraient loin d’être au-dessus de tout soupçon. C’est ce que révèle, en tout cas, le tout dernier ouvrage de Sylvain Paquette qui démystifie leurs pratiques peu orthodoxes à travers « La face cachée des bureaux de crédit ». Au Canada, par exemple, le contrôle abusif exercé par « Trans Union » et « Equifax » qui s’approprient et qui définissent à leur manière l’historique de crédit de chaque consommateur, a été dénoncé. Dans le système actuel, ces bureaux de crédit se comporteraient en juges et