La finance digitale, un accélérateur de l’inclusion financière : enjeux et défis

  Source: Souleymane SARR : Economiste financier, Spécialiste en système financier décentralisé, Formateur certifié cours CGAP, Sarrjules2002@yahoo.fr   |     26 Déc 2018 05:12

Contribution de Mr Souleymane Sarr : Souleymane SARR : Economiste financier, Spécialiste en système financier décentralisé, Formateur certifié cours CGAP

Email :  Sarrjules2002@yahoo.fr

Ces 10 dernières années, la banque centrale a beaucoup œuvré à l’émergence d’un secteur financier stable et inclusif, condition préalable à tout processus de développement économique et social. S’il est établi que l’objectif de stabilité financière est atteint, il n’en est pas de même pour celui de l’inclusion financière. L’inclusion financière étant définie comme l’accès et l’utilisation à moindre coût des services financiers de base par le plus grand nombre. Elle est le nouveau paradigme dont la vision est de promouvoir un secteur financier  véritablement accessible à tous, offrant une gamme de produits et de services susceptibles de répondre aux besoins des populations à bas revenus, constitué d’institutions financières diversifiées et solides.

Ce paradigme découle du constat selon lequel la microfinance est un succès mais, avec un peu plus d’une centaine de millions d’individus bénéficiaires, elle ne touche encore qu’une très faible proportion des populations non bancarisées de la planète, estimées à plusieurs milliards de personnes du fait de nombreuses contraintes.

Au 31 décembre 2017, le Sénégal comptait 29 banques et établissements financiers, 387 SFD, 29 compagnies d’assurances, 2 EME et  un service de poste.  Ces institutions financières disposent de 1489 points de services assez mal répartis sur l’étendue du territoire national. L’épargne, le crédit, les transferts et le paiement de factures sont généralement les services offerts  aux populations qui évoluent dans des secteurs d’activités aussi variés que le commerce, les services, l’agriculture, l’artisanat, l’industrie de transformation etc. Le % des personnes adultes ayant au moins un compte dans un établissement de crédit est 7.8% contre 15.1% pour les SFD.

Pratiquement, moins de 10% des populations ont un accès aux services financiers classiques des banques. Cette situation traduit l’existence d’une demande non satisfaite très importante( the unbanked) pour le secteur financier et particulièrement un facteur de croissance pour les SFD. Sous ce registre, les résultats de l’EIFIS 2015 ont révélé des facteurs d’exclusion qui limitent la prise en charge satisfaisante de la demande :

  1. la méconnaissance des systèmes financiers (faible notoriété des SFD) : 15% de la population interrogée connaissent au moins un SFD ;
  2. l’éloignement des institutions et leur difficultés d’accès: 83% de cette population estiment qu’il est plus facile d’accéder aux sources de services financiers informels que de se rendre dans les grandes institutions financières ;
  • l’attractivité encore faible des SFD : plus de 45% de cette population gardent leur épargne chez eux ; seuls 15% confient leur épargne à un SFD ;
  1. le recours à la finance informelle: les services financiers informels (tontine, groupement informel, etc.) sont très utilisés par la population, en particulier du milieu rural ;

Ces différentes contraintes ont comme conséquences :

  1. un faible taux d’accès aux services financiers de 12,9%[1]: si on applique ce résultat à la population recensée en 2013 (13 508 715 habitants), seuls 1 742 624 sénégalais ont accès aux services financiers des banques et des SFD ;
  2. des disparités notées dans l’implantationdes agences et partant dans l’accès aux services financiers: la région de Dakar est la région la plus dotée ; les régions de Thiès, Ziguinchor, Louga, Diourbel et Kaolack sont considérées comme des localités de niveau moyen; en revanche, les régions de Fatick, Tambacounda, Saint-Louis, Kolda, Matam, Kaffrine, Kédougou et Sédhiou sont faiblement pourvues du fait de l’accès difficile aux institutions et du manque d’informations sur l’offre de services de ces dernières ;
  3. un écart entre zones rurales et zones urbaines: pour les SFD seul 8% des ruraux détiennent un compte contre 21% en zone urbaine. ce déséquilibre risque de se creuser davantage, notamment dans la prise en charge des attentes des populations vulnérables, particulièrement les femmes et les jeunes.

Pour en savoir plus : Télécharger la contribution