La gestion de la performance sociale (GPS) : une nécessite pour les institutions responsables

  Source: Boubacar Diallo - Directeur du projet Mision Africa   |     15 Fév 2012 03:02

Toutes les organisations au monde sont créées pour une cause noble qui va au delà du seul gain financier des initiateurs ou promoteurs. Cette cause noble est souvent symbolisée par la mission de l’organisation et constitue sa raison d’être. L’analyse du système de gestion de la performance des organisations et plus spécifiquement celui des institutions de microfinance (IMF) révèlent que la majorité d’entre elles ne mesurent pas, ni ne suivent, la réalisation de leur mission. Elles se contentent souvent de mesurer leur performance financière qui est certes importante et cruciale mais qui ne peut être la finalité pour une organisation dotée d’une mission sociale.

La performance sociale est actuellement définie comme étant la mise en pratique effective de la mission d’une organisation. Telle que définie, la performance sociale ne se réalise pas fortuitement, il faut donc une volonté réelle et des intentions claires pour convertir la mission en changements positifs pour les clients, en motivation pour les employés et en retour social pour les investisseurs.

Justification et importance de la gestion de la performance sociale pour l’industrie de la microfinance : durant les 5-10 dernières années, l’industrie de la microfinance a été marquée par un regain d’intérêt pour le concept de performance sociale et d’impact social des institutions de microfinance. Plusieurs raisons justifient cette tendance :

– Dérive de mission : à l’ origine, les institutions de microfinance ont été créées pour inclure au maximum les exclus du système financier classique (et parmi eux les plus pauvres) dans le circuit financier mais pour diverses raisons (pression des bailleurs de fonds, des régulateurs, contrainte de rentabilité, manque de vision claire pour l’impact social), plusieurs institutions se sont progressivement retirées des zones et des cibles plus pauvres pour se focaliser sur une clientèle plus nantie en faisant parfois fi de leur mission.

– Problème de gestion de la performance : la majorité des institutions de microfinance continuent à évaluer leur succès en se basant presqu’exclusivement sur des indicateurs financiers alors qu’elles ont au fond une mission (en tout de par les énoncés de mission) essentiellement sociale.

– Risque élevé de réputation : dans certains pays, il n’est pas rare d’entendre aujourd’hui que les institutions de microfinance contribuent plutôt à dégrader les conditions de vie des pauvres au lieu de les améliorer. Il y avait (et il ya encore) un réel besoin de soigner l’image de l’industrie en prouvant qu’elle contribue significativement à accroitre l’inclusion financière et à réduire la pauvreté.

Des Initiatives de GPS : succès et défis en Afrique

Depuis un certain nombre d’années, plusieurs initiatives ont été mises en place pour faire face à ces défis importants. Parmi elles, j’aimerais évoquer le Groupe de Travail International sur la Performance Sociale (Social Performance Task Force) qui joue un rôle central de coordination et développement de standards.

Le projet MISION Africa (Microfinance institutions Improve their Social Impact and Outreach through Networks in Africa) est une de ces initiatives qui se focalise sur la promotion de la gestion de la performance sociale sur le continent africain. Ce projet traduit l’engagement commun de Catholic Relief Services (CRS), des réseaux africains de Microfinance (le Réseau Africain de Microfinance –AFMIN et les associations nationales de microfinance du Benin, du Sénégal, du Burkina Faso, de l’Éthiopie, de l’Ouganda et du Kenya) et des bailleurs (la Fondation Ford et la Fondation Mastercard) à faire de la microfinance un outil efficace et durable d’inclusion financière et de développement humain.

C’est un projet de renforcement de capacités qui aide les institutions de microfinance partenaires à intégrer le ‘social’ dans leur système de gestion de la performance et à améliorer leurs processus clés en vue de réaliser de meilleurs résultats aussi bien financiers que sociaux. Cela se fait à travers la fourniture de l’assistance technique en management stratégique.

Pour la pérennité et l’efficience des opérations, MISION Africa a stratégiquement opté de fournir l’appui technique uniquement à travers les consultants locaux dont les activités travail sont coordonnées par les associations nationales.

A la date d’aujourd’hui, des résultats importants ont été enregistrés par le projet MISION Africa: en deux ans, plus de 50 institutions de microfinance africaines (dans les 6 pays cibles) se sont engagées dans la mise en œuvre du concept de gestion de la performance sociale en clarifiant leur mission et en définissant des objectifs et des indicateurs sociaux clairs. L’ambition est de toucher toute l’Afrique subsaharienne au bout de 5 ans. Autre fait marquant, les autorités nationales (par exemple au Burkina Faso) s’engagent de plus en plus dans la promotion de la gestion de la performance sociale en l’intégrant dans leur stratégie nationale de microfinance.

Cependant des défis importants demeurent. Le manque de leadership visionnaire au niveau de certaines institutions est certainement le défi le plus important pour la promotion de la gestion de la performance sociale en Afrique. Certaines institutions ont plutôt tendance à rechercher des financements partout où ca se trouve au lieu de chercher l’appui technique de qualité pour renforcer leurs systèmes de gestion. Le manque de coordination entre promoteurs de la gestion de la performance sociale constitue un autre défi de taille. Les initiatives et outils fleurissent et parfois ciblent les mêmes associations et les mêmes institutions. Cela crée, certaines fois, une véritable confusion au lieu de produire un effet multiplicateur. Un troisième défi est le manque de ressources financières pour promouvoir la gestion performance sociale sur le continent où seulement une dizaine de pays bénéficient d’appui financier pour ce faire. Il ya besoin d’un plus grand engagement des Etats et des bailleurs de fonds pour promouvoir ce concept.